L’année 2025 ne sera pas une année comme les autres pour l’expertise comptable. Pour Stéphane Raynaud, expert-comptable et fin observateur du marché depuis 25 ans, nous sommes entrés dans le dernier moment avant embarquement pour la transformation radicale des cabinets,. Entre la hausse des coûts technologiques, l’arrivée de la facture électronique et la pression des nouveaux acteurs financiers, les dirigeants doivent impérativement se poser pour définir leur vision de 2030. Cet épisode de l’Accounting Business Club dresse une cartographie précise des défis et opportunités qui attendent la profession.
La facture électronique, une météorite financière
Pourquoi la facture électronique change la donne
Beaucoup de confrères voient encore la facture électronique comme une simple contrainte technique ou un énième report administratif. Stéphane Raynaud prévient : c’est une météorite qui va transformer la facture, autrefois simple objet comptable, en un véritable objet financier,. Avec 28 à 36 données structurées circulant par flux, la facture électronique va nourrir de nouveaux appétits, notamment ceux des acteurs bancaires.
Les banques s’emparent du marché des paiements
Le match de 2025 se jouera sur le terrain du paiement interentreprises. Alors que le marché de la comptabilité en France pèse 19 milliards d’euros, celui des paiements entre entreprises représente près de 200 milliards d’euros,. Les banques et les néobanques l’ont bien compris et lancent des offensives dès avril 2025 pour capter ce flux via leurs propres plateformes de dématérialisation (PDP),. Pour Stéphane Raynaud, le message aux clients doit être clair : « Ne prenez pas de décision sans nous ». Le cabinet doit marquer son territoire pour éviter que des acteurs tiers ne s’intermédient entre lui et ses clients, au risque de perdre une part importante de sa valeur ajoutée.
Choisir les bons partenaires technologiques
Cette transition impose de choisir ses partenaires technologiques dès maintenant. Entre les PDP institutionnelles, les solutions intégrées aux éditeurs ou les plateformes indépendantes, le cabinet doit structurer son offre pour 2026,. L’enjeu est de ne pas subir le choix du client mais de le guider vers des écosystèmes qui préservent la souveraineté du cabinet sur la donnée.
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Financiarisation et nouveaux modèles économiques
La concentration du marché s’accélère
Une tendance lourde confirmée en 2024 et qui va s’amplifier en 2025 est la financiarisation de la profession. La concentration du marché est une réalité statistique : il y a 20 ans, les 300 premiers acteurs représentaient 30 % du marché, contre 50 % aujourd’hui. Cette accélération est portée par l’arrivée de fonds d’investissement (Private Equity) qui voient dans l’expertise comptable un secteur résilient et un levier de digitalisation pour l’économie française.
Cette mutation modifie le rapport à l’association, notamment pour les jeunes générations. Le modèle classique où l’on s’endette sur 15 ans pour racheter des parts laisse place à des projets de développement sur 5 à 7 ans, portés par des moyens financiers extérieurs,. Stéphane Raynaud explique que ces investissements sont nécessaires pour financer la transformation technologique et l’acquisition de nouveaux talents. Les cabinets cherchent désormais à acquérir une position dominante pour monétiser la data de leurs dossiers.
Vers de nouveaux revenus financiers
Parallèlement, les modèles de facturation évoluent. À l’image de ce qui se pratique aux États-Unis, certains cabinets pourraient demain tirer une part significative de leurs revenus de services financiers transactionnels, comme la rémunération sur les soldes bancaires des clients ou la mise à disposition de cartes de paiement,. Un cabinet américain de 400 millions de dollars peut ainsi générer 10 % de son chiffre d’affaires uniquement via ces revenus financiers. C’est une révolution du business model qui pourrait conduire à proposer la prestation comptable classique à un prix bien inférieur pour capter d’autres flux de valeur.
L’IA et le cabinet de 2030 : l’ère du Data Contrôleur
De l’IA générative aux Small Language Models
Si l’année 2024 a été celle du choc de l’IA générative et des grands modèles de langage (LLM) comme ChatGPT, 2025 marquera le passage vers les Small Language Models (SML),. Ces modèles plus petits, implantés directement chez les éditeurs ou sur les serveurs des cabinets, permettront de traiter les données internes en toute confidentialité.
L’IA dans les fonctions support d’abord
L’intelligence artificielle va d’abord s’intégrer dans les fonctions supports : synthèse de documents, analyse de baux commerciaux ou benchmarck de contrats d’assurance. Cependant, Stéphane Raynaud estime que le véritable « effet waouh » sur la révision comptable automatisée n’interviendra que vers 2030,. La raison est simple : l’IA a besoin de données normalisées pour être performante à plus de 80 %. C’est précisément ce que va permettre la facture électronique dans les trois à quatre prochaines années.
Le Data Contrôleur remplace le saisisseur
Cette évolution technologique redéfinit les compétences nécessaires en cabinet. Le métier de saisisseur disparaît au profit du « Data Contrôleur », celui qui intègre et supervise les flux. Pour réussir cette transition, Stéphane Raynaud préconise de doubler les budgets de formation d’ici 2027. L’objectif est d’éviter un décrochage entre les collaborateurs technophiles et ceux qui resteraient en marge de ces outils. Le cabinet de 2030 sera un cabinet « en temps réel », fonctionnant avec des cockpits embarqués pour une prise de décision immédiate du dirigeant.
Un avenir optimiste pour la profession
Stéphane Raynaud reste profondément optimiste pour la profession, à condition que celle-ci accepte de « surfer la vague » du changement. L’avenir appartient aux cabinets qui sauront se transformer en entreprises multiservices, intégrant des compétences en cyber, en RSE ou en conseil juridique spécialisé,. 2025 est l’année pour se poser, réfléchir à sa stratégie et ne pas rester seul face à ces mutations. En s’ouvrant à l’international et en s’acculturant aux nouveaux outils, l’expert-comptable réaffirme son rôle central de partenaire de confiance de l’entreprise.
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