Le modèle économique traditionnel des professions du droit et du chiffre est-il à bout de souffle ? La facturation au temps passé, longtemps considérée comme la norme, montre ses limites : manque de transparence, frein à la consommation de conseil et tensions avec les clients. Thomas Peignier et Alexandra Cohen, associés du cabinet Bold, ont fait le pari radical de tout changer. Depuis 2018, ils ont remplacé le compteur horaire par un abonnement illimité, transformant en profondeur leur organisation et leur culture d’entreprise. Retour sur une transition réussie qui inspire aujourd’hui autant les avocats que les experts-comptables.
La fin du temps passé : aligner les intérêts
Le constat initial des fondateurs de Bold était sans appel : la relation client était polluée par le modèle économique. Thomas Peignier explique que le temps passé est contre-intuitif et crée de la défiance. Les avocats passaient presque autant de temps à justifier leurs heures qu’à traiter les problématiques juridiques. Pour sortir de cette impasse, le cabinet a lancé une offre d’abonnement illimité couvrant tous les besoins courants de l’entrepreneur (social, contractuel, vie des affaires), en excluant uniquement les événements exceptionnels comme les levées de fonds ou le contentieux.
La grande crainte initiale (que les clients abusent de l’illimité) s’est révélée infondée. Les entrepreneurs, occupés à gérer leur business, ne posent pas de questions juridiques par plaisir. Ce modèle permet surtout de lisser la trésorerie grâce à des paiements récurrents ou annuels, finançant ainsi la croissance du cabinet sans levée de fonds. Pour le client, l’abonnement supprime le frein psychologique : il peut solliciter son avocat pour une question simple de cinq minutes sans craindre de déclencher le chronomètre, ce qui permet de traiter les problèmes à la racine avant qu’ils ne s’aggravent.
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Une organisation structurée par la Tech
Pour rendre ce modèle scalable et rentable, Bold a dû repenser l’organisation traditionnelle du cabinet d’avocats. Dès le départ, un CTO (Chief Technical Officer) a été intégré comme associé, accompagné d’une équipe de développeurs. L’objectif n’était pas de remplacer l’humain, mais de rationaliser la production.
Du mail au ticketing
Le cabinet fonctionne avec un système de « ticketing » inspiré des entreprises technologiques. Les demandes clients sont centralisées sur une plateforme, permettant de gagner un temps précieux sur le traitement administratif et d’assurer une traçabilité parfaite des dossiers. Cette interface permet de décharger les dirigeants de la gestion des flux et d’offrir une réponse rapide et pragmatique, loin des consultations théoriques de 17 pages qui finissent souvent au fond d’un tiroir.
La donnée au service de la relation
Cette structure technologique permet de capitaliser sur la donnée. L’historique des dossiers, la « cap table » (table de capitalisation) ou les registres du personnel sont accessibles instantanément via des dashboards. Cela facilite le travail collaboratif : l’information ne reste pas bloquée dans la boîte mail d’un associé, elle est partagée, permettant à n’importe quel membre de l’équipe de prendre le relais avec le même niveau de qualité.
Culture d’entreprise : la liberté par la responsabilité
Le changement de modèle économique a eu un impact direct et positif sur la culture interne. Dans un cabinet classique, la pression du « billable hour » crée une compétition malsaine entre collaborateurs, chacun cherchant à gonfler ses heures pour atteindre ses objectifs. Chez Bold, cette contrainte n’existe pas.
Solidarité et entrepreneuriat
La suppression de la notion de temps passé favorise l’entraide : un collaborateur peut passer du temps à en former un autre sans craindre pour ses propres statistiques. Cette liberté s’accompagne d’une forte responsabilisation. Les avocats sont encouragés à se comporter comme des entrepreneurs : ils prennent des décisions, tranchent pour le client et peuvent développer leurs propres projets ou verticales au sein du cabinet. Alexandra Cohen témoigne d’ailleurs qu’il n’y a pas de plan de carrière préétabli : c’est au collaborateur de construire son parcours, ce qui favorise la rétention des talents sur le long terme (5 à 7 ans en moyenne contre 1 à 3 ans ailleurs).
L’IA et l’avenir de la profession
L’arrivée de l’intelligence artificielle est perçue chez Bold non pas comme une menace, mais comme une opportunité d’augmenter la valeur du conseil. Le cabinet teste et utilise quotidiennement des outils comme Gemini, Claude ou GPT pour la rédaction, la synthèse de réunions ou le marketing interne.
Selon Alexandra Cohen, l’IA va commoditiser la rédaction d’actes simples et faire chuter les prix de prestations standardisées comme la création de société. En revanche, elle ne remplacera pas la stratégie de défense, la négociation complexe ou l’empathie nécessaire dans la relation humaine. L’IA va forcer les avocats à se recentrer sur les tâches les plus stimulantes intellectuellement. L’avenir appartient donc aux professionnels « augmentés », capables d’utiliser la technologie pour aller plus vite tout en cultivant une relation client de proximité, rendue possible justement par la fréquence des interactions de l’abonnement.
Une vision transverse : quand l’avocat devient expert-comptable
La logique de l’abonnement et de la valeur ajoutée ne s’arrête pas aux frontières du droit. Bold a étendu son modèle à l’expertise comptable, en appliquant la même philosophie. Plutôt que de facturer la saisie comptable (le passé), l’offre se concentre sur le métier de CFO externalisé (le futur). L’objectif est d’accompagner l’entrepreneur dans le pilotage de sa croissance, prouvant que la convergence des métiers du chiffre et du droit est non seulement possible, mais souhaitable pour offrir un guichet unique de services premium aux entreprises innovantes.
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