La financiarisation de la profession comptable est sur toutes les lèvres. Alors que le marché connaît une effervescence inédite, de nouveaux acteurs émergent avec des modèles de consolidation (ou « build-up ») ambitieux. Dans cet épisode de l’Accounting Business Club, Alexis Slama reçoit Matthieu Luneau, co-fondateur d’Archipel, pour décrypter la stratégie de ce nouveau groupe qui a levé 50 millions d’euros pour transformer le secteur.
Entre défis générationnels et promesses de valorisation, voici ce qu’il faut retenir de la méthode Archipel.
Les 3 défis majeurs de la profession
Pour justifier la création d’Archipel, Matthieu Luneau, ancien avocat d’affaires et entrepreneur, part d’un constat simple : la profession fait face à trois murs simultanés.
- Le défi générationnel : Avec une moyenne d’âge des associés de 53 ans, la profession va connaître une vague massive de départs. Or, le modèle traditionnel de transmission est « grippé » : les jeunes générations ont parfois moins l’esprit entrepreneurial ou peinent à financer le rachat de structures devenues trop grosses. Il va donc manquer de liquidité pour sortir les associés historiques.
- Le défi technologique : Facture électronique (2026), automatisation, IA… Le « train est en train de passer ». Les cabinets doivent investir massivement pour passer du statut de partnership traditionnel à celui d’entreprise de services, sous peine de subir le changement.
- Le défi économique : La pénurie de talents est structurelle. Parallèlement, les éditeurs de logiciels, très capitalisés, grignotent la chaîne de valeur (comme la saisie comptable) et imposent leur pouvoir politique et tarifaire. Se regrouper devient une nécessité pour offrir une « force de frappe » face à ces acteurs.
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Le modèle Archipel : Indépendance, Collectif et Patrimoine
Contrairement aux fonds d’investissement classiques ou aux grands cabinets intégrés, Archipel se définit comme une équipe d’entrepreneurs. Leur modèle repose sur trois piliers fondamentaux.
1. L’indépendance
C’est la pierre angulaire du projet. Matthieu Luneau insiste : pour maintenir l’esprit entrepreneurial et la proximité client, les cabinets doivent rester indépendants. Archipel ne s’immisce pas dans le métier ; les associés en place gardent leurs mandats sociaux et la direction générale de leur structure.
2. Le collectif
L’objectif est d’apporter des ressources centrales (RH, Finance, Marketing, Tech) mutualisées. Cela permet aux cabinets d’accéder à des talents et des outils qu’ils ne pourraient pas s’offrir seuls, tout en partageant les coûts.
3. Le pilier patrimonial
C’est l’argument financier. Archipel propose de racheter 100 % des parts du cabinet. Les associés sont ensuite invités à réinvestir une partie du produit de cession (généralement entre 30 et 40 %) dans la structure de tête. L’objectif affiché est ambitieux : multiplier par 4 la valeur de cet investissement en 5 ans.
La mécanique financière : comment faire x4 en 5 ans ?
La promesse financière d’Archipel repose sur l’arbitrage de multiples. Un cabinet indépendant se valorise généralement autour de 1 à 1,2 fois son chiffre d’affaires. En revanche, un groupe consolidé, intégré capitalistiquement et dépassant les 100 millions de chiffre d’affaires, peut atteindre des valorisations bien supérieures (jusqu’à 14 fois l’EBITDA dans les pays anglo-saxons).
Pour financer cette croissance, Archipel s’appuie sur :
- Otium Capital : Un Family Office français qui a injecté 50 millions d’euros en fonds propres. L’avantage d’un Family Office par rapport à un fonds classique est la flexibilité de l’horizon de sortie, même si l’objectif reste une liquidité à 5 ans.
- La dette : Pour créer un effet de levier.
- L’alignement des intérêts : Les experts-comptables qui réinvestissent bénéficient des mêmes conditions que l’investisseur financier (actions de préférence avec un dividende prioritaire capitalisé à 8 % + une quote-part de la plus-value de cession).
Une gouvernance conçue pour la profession
Pour respecter les règles de l’Ordre des Experts-Comptables, Archipel a mis en place une structure juridique spécifique.
- Archipel SAS (Holding) : Détient les droits économiques. C’est là que se trouvent les investisseurs et les experts-comptables réinvestisseurs.
- Archipel Expertise et Audit (Structure réglementée) : Détient les droits de vote. Cette structure est possédée à 66,7 % par les experts-comptables, garantissant que le pouvoir décisionnel reste entre les mains des professionnels du chiffre.
Où en est Archipel aujourd’hui ?
Lancé officiellement en avril, le groupe avance vite. L’objectif est d’acquérir au moins 30 millions de chiffre d’affaires par an, en ciblant des cabinets entre 2 et 30 millions de CA. À date d’enregistrement, Archipel a déjà intégré le groupe Ri (Paris/Rennes) et a signé des exclusivités avec trois autres cabinets, portant le périmètre consolidé à environ 19 millions d’euros.
L’ambition est claire : construire un leader indépendant du conseil financier, capable d’offrir des services diversifiés (gestion de patrimoine, M&A, data, etc.) aux entrepreneurs.
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