Digitalisation cabinet comptable : défis et opportunités

La profession comptable fait face à une mutation historique. Entre le report de la facturation électronique et l’émergence de nouveaux modèles de revenus, les experts-comptables doivent se réinventer. Benjamin Royou, Directeur Général d’ECMA, livre au micro d’Alexis Slama les clés pour transformer la contrainte technologique en un levier de croissance stratégique.

Facturation électronique : le catalyseur du changement

La facturation électronique est bien plus qu’une simple réforme administrative ; c’est le « nerf de la guerre » pour la digitalisation des 3 millions d’entreprises accompagnées par les experts-comptables. Bien que l’administration ait décalé le calendrier à septembre 2026 et 2027, Benjamin Royou insiste : ce délai est une chance pour les cabinets qui ne sont pas encore prêts.

Une complexité française à anticiper

Le modèle français est particulièrement ambitieux, traitant à la fois le B2B (e-invoicing) et le B2C (e-reporting), incluant les transactions internationales et les statuts de paiement. Cette « usine à gaz » nécessite que le cabinet cartographie précisément sa clientèle pour adapter son discours. « On ne peut pas en parler de la même manière à tout le monde », précise Benjamin Royou. Un médecin libéral n’aura qu’une obligation de réception, tandis qu’un restaurateur devra gérer des flux de facturation complexes dès qu’un client professionnel demandera une note de frais.

Le rôle d’ECMA et des PDP

Dans cet écosystème, ECMA, filiale digitale de l’Ordre, se positionne comme l’éditeur de la profession pour garantir son indépendance numérique. ECMA a déposé son dossier de Plateforme de Dématérialisation Partenaire (PDP) le 29 février dernier, après avoir obtenu la certification ISO 27001 pour sécuriser l’ensemble de ses actifs. L’enjeu est d’offrir une interconnexion maximale avec les autres éditeurs pour fluidifier l’expérience client.

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Digitalisation cabinet comptable : défis et opportunités

Vers un nouveau business model : du technicien au consultant

L’automatisation induite par la facturation électronique va entraîner la disparition quasi totale de la saisie comptable et des systèmes de reconnaissance de caractères (OCR). Pour les cabinets dont 70 % à 80 % du chiffre d’affaires repose sur la production, le défi est de taille.

Réorienter les collaborateurs

Le collaborateur « opérateur de saisie » doit évoluer vers des missions de contrôle (facturation, règlements) ou des services de recouvrement pour le compte de tiers. Benjamin Royou prévient que certains profils ne seront pas « partants » pour cette mutation, ce qui constitue un risque humain majeur pour les cabinets. Pour les missions plus complexes d’analyse financière, certains cabinets n’hésitent plus à recruter des profils atypiques, comme des ingénieurs spécialistes de la donnée, capables d’accompagner la performance commerciale du dirigeant.

Le passage au « Business Partner »

L’expert-comptable doit sortir du confort du revenu récurrent lié à la tenue pour devenir un véritable « business partner ». « Il va être difficile de justifier auprès de ses clients de proposer les mêmes missions de tenue sachant qu’il n’y aura plus de saisie », explique Benjamin Royou. L’opportunité réside dans le conseil en temps réel : passer d’une vision « rétroviseur » (bilan annuel publié 6 mois après la clôture) à un accompagnement mensuel basé sur des flux de données frais.

La Data et le « Data Lake » : l’Eldorado de la profession ?

Le terme « Data Lake » (lac de données) est omniprésent, mais sa valeur dépend de la capacité du cabinet à transformer l’information brute en indicateurs pertinents.

La puissance de l’analyse sectorielle

Grâce au projet de Data Lake porté par ECMA, la profession pourra accéder à une masse critique de données agrégées. Cela permettra de proposer des analyses comparatives extrêmement fines : un boulanger pourra savoir si sa performance est supérieure ou inférieure à celle de ses concurrents dans sa zone géographique précise, tout en intégrant l’impact de l’inflation sur ses matières premières.

Indépendance et neutralité numérique

ECMA se veut le garant de ces données, travaillant avec l’ensemble des éditeurs pour construire une base de données suffisante pour des statistiques représentatives. « L’idée c’est qu’on soit neutre par rapport à ça pour que ça puisse servir la profession et les éditeurs », affirme Benjamin Royou. La Business Intelligence (BI) devient alors l’outil qui permet de faire ruisseler cette intelligence collective dans les outils quotidiens du cabinet.

Anticipation du changement

La digitalisation n’est pas une simple transition technologique, mais un changement de paradigme humain et économique. En anticipant la réforme de la facturation électronique dès maintenant, les experts-comptables peuvent reprendre leur place de partenaires de confiance et s’émanciper de l’image de « percepteur » pour l’État. Comme le souligne Benjamin Royou, la réussite des cinq prochaines années reposera sur un triptyque essentiel : la sécurité, la facturation électronique et l’exploitation intelligente de la data.

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