Vous ne les voyez pas, mais ils sont partout. Chift est l’entreprise « de l’ombre » qui permet à vos logiciels comptables de dialoguer avec le reste du monde. Dans ce dernier épisode de l’année de l’Accounting Business Club, Alexis Slama reçoit Gauthier Henroz, co-fondateur de Chift. Ensemble, ils décryptent pourquoi l’interopérabilité est devenue une question de survie pour les éditeurs, comment la bataille de la facture électronique se déplacera vers le logiciel « cockpit », et pourquoi le MCP (Model Context Protocol) est la prochaine révolution technique après l’API.
L’API unifiée : la « multiprise » de l’écosystème
Chift est né d’un constat simple : les TPE/PME utilisent une multitude d’outils (caisses, e-commerce, néobanques) mal connectés à leur comptabilité. Pour résoudre ce problème de manière scalable, Chift ne s’adresse pas aux entreprises en direct, mais aux éditeurs de logiciels (Pennylane, MyUnisoft, Odoo, etc.) en agissant comme une marque blanche invisible.
Une recette unique pour tous
Gauthier Henroz compare l’API à une « recette de cuisine » permettant d’échanger de la donnée. Le problème est que chaque logiciel a sa propre recette. Chift agit comme une API unifiée, sorte de « multiprise » : l’éditeur se connecte une seule fois à Chift et accède instantanément à une centaine de connecteurs (Shopify, Stripe, outils métiers, etc.).
Cette position de « Suisse de l’écosystème » permet aux éditeurs de ne pas gaspiller de ressources en maintenance technique et de se concentrer sur leur cœur de métier,. Aujourd’hui, un logiciel qui n’est pas ouvert et connecté est voué à perdre ses clients (churn) très rapidement, car la connectivité est devenue un « must have ».
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Facture électronique : la vraie bataille est celle du « Cockpit »
Alors que la réforme approche, beaucoup se focalisent sur le choix de la PDP (Plateforme de Dématérialisation Partenaire). Pour Gauthier Henroz, c’est une erreur d’analyse. La PDP n’est qu’une commodité technique, le « minimum syndical ». La véritable valeur ajoutée se trouve dans le logiciel construit autour de la PDP.
L’ouverture comme nécessité absolue
L’expert-comptable doit comprendre que ses clients choisiront leurs propres outils. Une entreprise du BTP prendra un logiciel verticalisé adapté à ses chantiers ; un e-commerçant gardera son back-office. Si l’outil de production du cabinet n’est pas capable de se connecter à ces outils tiers (les PDP des clients) pour récupérer les flux, le cabinet perdra l’accès à la donnée.
L’avenir est au « Cockpit » : un tableau de bord central pour l’entrepreneur, interconnecté avec ses ventes, sa trésorerie et sa comptabilité en temps réel. L’expert-comptable qui impose un outil fermé risque de se faire désintermédier. L’urgence est donc de choisir des solutions capables d’accepter les flux venant de concurrents.
Du simple connecteur à l’IA agentique (MCP)
Si l’API permet de transférer de la donnée, l’avenir proche réside dans l’IA agentique. Gauthier Henroz introduit le concept de MCP (Model Context Protocol). C’est une couche technique (« wrapper ») au-dessus de l’API qui permet aux agents d’intelligence artificielle (comme Claude ou ChatGPT) de comprendre et d’interagir avec les logiciels.
L’IA qui agit
Concrètement, là où une API demande de savoir exactement quelle donnée chercher, un MCP permet à l’utilisateur de poser une question naturelle à son outil : « Quelles sont mes factures en attente ? ». L’agent va chercher l’info seul, sans que l’utilisateur ait besoin de coder la requête. Chift prépare cette infrastructure pour permettre aux éditeurs comptables d’augmenter leurs capacités IA en leur donnant accès aux données externes (caisses, e-commerce) via ce protocole, permettant par exemple à un agent de relancer automatiquement des clients.
Le mot de la fin
La vision de Chift pour 2027 est claire : devenir le leader européen de la connectivité financière, permettant à n’importe quelle PME de connecter ses outils en un clic. Pour les cabinets et les éditeurs, la leçon est la même : dans un monde technologique qui change tous les six mois, il faut rester agile, « micro-tester » les nouveautés et accepter que l’automatisation complète de la récolte des flux est inéluctable.Pour ceux qui veulent creuser la culture d’entreprise agile, Gauthier recommande la lecture de L’entreprise du bonheur de Tony Hsieh, une référence pour construire une performance durable.
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