La lutte anti-blanchiment (LAB) est souvent perçue par les experts-comptables comme une corvée administrative sans valeur ajoutée. Pourtant, c’est une obligation déontologique majeure qui s’impose à toutes les professions réglementées. Clément Lemariey, CEO de Kanta, explique comment sa start-up a réussi à transformer ce sujet austère en un outil performant et engageant. Du casino géant au congrès de l’Ordre à l’automatisation par les données, découvrez comment la technologie permet de sécuriser les cabinets tout en supprimant la charge mentale liée à la conformité.
De la Startup Nation au pivot vers la lutte anti-blanchiment
L’aventure Kanta trouve son origine dans un environnement loin de la comptabilité traditionnelle : les Startup Weekends. Clément Lemariey, développeur de formation passionné par l’entrepreneuriat, a participé à de nombreux événements de ce type avant de rencontrer son associée, Laure Bonamour, experte-comptable.
Une genèse issue d’un Startup Weekend
En 2020, lors d’un événement à Caen, Laure présente une idée pour digitaliser le dossier de révision comptable. Le projet initial, nommé Kanta pour la contraction de « Tableau Kanban » et « Compta », ne gagne pas le concours, mais l’équipe décide de poursuivre l’aventure. À l’origine, Laure souhaitait simplement un outil pour l’aider dans son quotidien en cabinet.
Le pivot stratégique durant le confinement
Le projet bascule réellement lors de l’annonce du premier confinement par Emmanuel Macron. Les investisseurs potentiels se retirent, obligeant l’équipe à revoir ses ambitions à la baisse. Laure identifie alors un besoin plus pressant et moins bien adressé par le marché : la lutte anti-blanchiment (LAB). Clément et son cofondateur Pierre, tous deux développeurs, se lancent alors dans la création d’un premier prototype sur leur temps libre.
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Automatiser la norme pour supprimer la charge mentale
La lutte anti-blanchiment repose sur des normes mondiales édictées par le GAFI, puis déclinées au niveau européen et national. En France, l’Ordre des experts-comptables a créé la norme NPLAB et l’Arpec pour adapter ces règles à la profession. Kanta a pris ces documents complexes pour les traduire en un logiciel simple d’utilisation.
Un gain de temps spectaculaire
Sans outil spécialisé, traiter la LAB sur un dossier classique peut prendre environ trente minutes par an, sans compter la mise en place du process interne au cabinet. Avec Kanta, la première année ne prend que cinq minutes pour un dossier simple, et moins d’une minute les années suivantes grâce au contrôle automatique. Le logiciel automatise 80 % du process avec un simple numéro de SIRET.
L’analyse des quatre types de risques
Le logiciel structure l’analyse autour des quatre piliers de la norme :
- La localisation : Siège social, pays de naissance et nationalité des bénéficiaires.
- L’activité : Certains secteurs comme le BTP sont identifiés comme plus risqués.
- La mission : Une création d’entreprise avec un apport important en fonds propres augmente le risque.
- Le risque client : Analyse du comportement du client, un aspect qui reste soumis au jugement de l’expert-comptable.
Transformer une contrainte en opportunité de conseil
L’un des secrets de Kanta pour rendre la LAB « sexy » est d’en faire un levier de sécurité et de connaissance client. En automatisant la récupération de données comme le registre des bénéficiaires effectifs (RBE), l’outil peut révéler des informations cruciales que le client n’aurait pas spontanément partagées.
Détecter les signaux faibles
Clément Lemariey cite l’exemple d’un expert-comptable découvrant un associé inconnu situé dans un pays à risque lors de l’utilisation de Kanta. Cette transparence forcée permet au cabinet de sécuriser sa pratique et d’assurer sa conformité lors des contrôles qualité de l’Ordre. L’outil devient un « garde-fou » qui signale par des points d’exclamation les dossiers incomplets ou les pièces d’identité manquantes.
L’importance capitale de l’onboarding
La LAB n’est pas un sujet que les collaborateurs traitent par plaisir. Pour assurer le succès de l’outil, Kanta insiste sur l’accompagnement des cabinets. Clément explique que si l’on ne prend pas les clients par la main, ils remettent le sujet à plus tard. L’équipe s’assure que les dossiers passent de l’état « brouillon » à « validé » en formant les collaborateurs à l’utilisation quotidienne du logiciel.
Vers un hub de déontologie et de gestion client
Fort de 1 000 cabinets clients fin 2024, Kanta ne compte pas s’arrêter à la seule lutte anti-blanchiment. La vision à long terme est de devenir l’outil central de déontologie pour les professions réglementées en France et en Europe.
La lettre de mission et le CRM
Une observation des usages a montré que les clients utilisaient déjà Kanta comme un CRM rudimentaire pour gérer leurs prospects et vérifier les risques avant même l’entrée en relation. En réponse, Kanta développe un module de lettre de mission et de gestion de la relation client. L’objectif est de faire de l’outil le point d’entrée unique du cabinet : une fois le client ajouté, la lettre de mission est signée et la LAB est faite simultanément.
Interopérabilité et maîtrise des flux
L’avenir du cabinet passe par la fin de la saisie multiple. Kanta mise sur l’interopérabilité avec les outils de production comme ACD ou Pennylane. L’enjeu est de propager les données validées dans Kanta vers tous les autres logiciels du cabinet. Clément Lemariey encourage d’ailleurs les experts-comptables à monter en compétence sur les concepts d’API pour mieux maîtriser leurs flux de données et automatiser leurs process internes avec des outils comme Make.
Un défi qui passe par la technologie
Rendre la lutte anti-blanchiment sexy est un défi qui passe par la technologie, mais aussi par une culture d’entreprise forte. En adoptant les codes de la start-up et en simplifiant à l’extrême des obligations juridiques denses, Kanta redonne du temps aux experts-comptables pour leur cœur de métier. En 2025, l’ambition est claire : doubler la taille de l’équipe pour couvrir l’intégralité du contrôle qualité et devenir le garant de la conformité du cabinet, de la première rencontre avec le prospect jusqu’au suivi annuel de la mission.
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