L’intelligence artificielle n’est plus une option, c’est une compétence fondamentale. Jason Staats, créateur de contenu américain influent et fondateur de la communauté Realize, considère que ne pas maîtriser l’IA aujourd’hui met en péril l’avenir professionnel des collaborateurs. Dans cet échange avec Alexis Slama, il partage ses méthodes pour intégrer ces outils, sa vision du Private Equity et ses conseils pour naviguer dans un écosystème logiciel parfois hostile. Découvrez comment transformer la « sciure » de vos réunions en or et pourquoi la subjectivité comptable reste votre meilleur atout face à l’automatisation.
Démarrer avec l’IA : de la boîte noire à la pratique hebdomadaire
L’arrivée de ChatGPT a marqué un tournant radical. Jason Staats décrit sa première expérience en novembre 2022 comme la plus magique de sa vie logicielle. Contrairement aux outils classiques qui disposent de boutons fixes pour des actions précises, l’IA générative se présente comme une « boîte noire » sans limites, capable de créer des écritures comptables ou des factures sur simple demande. Cependant, cette absence de cadre peut paralyser certains collaborateurs.
Instaurer une culture de l’expérimentation
Pour combler le fossé entre les passionnés et ceux qui ne savent pas par où commencer, la clé réside dans la communication interne. Jason Staats insiste sur la nécessité de créer un espace d’échange hebdomadaire. Il ne suffit pas d’imposer l’outil, il faut laisser les « batteries » (les employés les plus énergiques) entraîner le reste de l’équipe. L’objectif est de partager les « quick wins » ou les petites victoires de la semaine.
Alexis Slama partage d’ailleurs une méthode efficace mise en place dans sa propre structure : le canal « 1% ». Chaque membre de l’équipe y poste en fin de semaine comment il a utilisé l’IA pour s’améliorer d’un pour cent. Ces cas d’usage sont ensuite discutés le lundi matin. Les statistiques sont parlantes : selon Jason Staats, des groupes passant par ce type de facilitation hebdomadaire voient leur taux d’utilisation quotidienne de l’IA grimper de manière spectaculaire en seulement quatre semaines, car les collaborateurs découvrent des usages concrets applicables immédiatement à leur quotidien.
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Les cas d’usage concrets : exploiter la « sciure » du cabinet
Si l’utilisation de l’IA pour rédiger des e-mails est devenue banale, les véritables gains de productivité se trouvent ailleurs. Jason Staats identifie l’enregistrement et la transcription des réunions comme le cas d’usage ultime, le « killer app » de l’IA en cabinet.
Transformer les conversations en contenu
Il utilise une métaphore puissante : la « sciure » (sawdust). Dans une menuiserie, la sciure est un déchet. Dans un cabinet, la sciure correspond aux conseils oraux donnés lors des réunions, qui sont souvent perdus une fois l’appel terminé. En enregistrant et transcrivant ces échanges, l’IA permet de transformer ce sous-produit en actif valorisable.
Une fois la transcription capturée, il devient possible de générer instantanément des résumés, des plans d’action, des articles de blog ou des frameworks méthodologiques. C’est un gain de temps colossal qui permet de capitaliser sur l’expertise déjà délivrée.
L’impact sur la hiérarchie des tâches
Contrairement aux idées reçues, l’IA ne se contente pas d’automatiser les tâches juniors. Jason Staats souligne qu’elle est parfois plus performante pour la révision (tâche senior) que pour la préparation. Par exemple, il est très efficace de demander à l’IA de contrôler la cohérence d’un jeu d’états financiers. Cela pourrait modifier la structure pyramidale des cabinets, réduisant le besoin de profils juniors pour la saisie au profit de profils capables d’interagir avec ces nouveaux outils.
Private Equity et éditeurs : naviguer dans un marché sous tension
Le marché américain de l’expertise comptable subit une forte pression du Private Equity (PE). Cette tendance s’explique par l’abondance de capitaux à investir et le départ massif de partenaires baby-boomers sans successeurs. Si la théorie du PE est séduisante (consolider des cabinets pour gagner en efficacité), la réalité est plus complexe.
La difficulté de changer les habitudes
Jason Staats reste sceptique sur la capacité des fonds à transformer réellement les opérations. Les cabinets comptables sont souvent gérés par des artisans qui aiment le travail technique, mais dont les méthodes sont difficiles à standardiser à grande échelle. Changer la façon de travailler de centaines de comptables et de leurs clients est un défi colossal qui échoue souvent, dégradant au passage la qualité de service.
La relation ambiguë avec les éditeurs de logiciels
Le choix des outils est devenu critique. Jason Staats met en garde contre les discours des commerciaux des éditeurs de logiciels (« vendors »). Il raconte avoir perdu deux ans et beaucoup d’argent en choisissant un logiciel sur la base de promesses commerciales. La solution ? Se tourner vers la communauté. Avant d’acheter, il est impératif de consulter ses pairs pour obtenir un avis indépendant.
De plus, une nouvelle menace émerge : des acteurs comme Intuit (QuickBooks) deviennent progressivement des concurrents en proposant des services « done-for-you » directement aux clients finaux. Les fonds d’investissement s’intéressent également aux logiciels pour automatiser le service et contourner l’expert-comptable. Face à cela, l’indépendance de l’information et l’entraide entre confrères sont vitales.
Stratégie d’avenir : la spécialisation et la subjectivité
Malgré ces menaces, Jason Staats se déclare optimiste. L’expertise comptable reste protégée par la nature subjective de son travail. Contrairement aux tâches déterministes et procédurales, le conseil repose sur l’interprétation et le contexte, des domaines où l’humain garde l’avantage.
Résoudre des problèmes rares
Pour survivre et prospérer, la stratégie recommandée est de « nicher » radicalement. L’objectif est de trouver l’intersection entre un problème rare et difficile à résoudre, et un client disposant des fonds pour payer la solution. Jason Staats suggère de viser des niches très spécifiques (comme les charters aériens privés) pour devenir la référence incontournable.
Cela permet d’acquérir un « pricing power » (pouvoir de fixation des prix) et de sortir de la guerre des prix qui touche les services généralistes. En fin de compte, la technologie et l’IA ne sont que des leviers pour permettre aux experts de se concentrer sur ces problèmes complexes et de cultiver des relations clients choisies, où l’on est heureux de décrocher son téléphone.
Ce qu’il faut retenir
L’avenir de la profession ne réside pas dans la résistance au changement, mais dans l’adoption curieuse des nouvelles technologies. Que ce soit en transformant la « sciure » des réunions en valeur ou en redéfinissant son modèle économique vers des niches à haute valeur ajoutée, les opportunités sont nombreuses. Comme le rappelle Jason Staats, la seule chose à faire aujourd’hui est d’apprendre un peu chaque jour et de s’entourer d’une communauté solide pour ne pas avancer seul.
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