Aujourd’hui, la comptabilité peut être automatisée à 90 %. Cette transformation ne repose pas seulement sur l’outil de production, mais sur une vision décloisonnée de la donnée financière. Tony Louat, fondateur de Billy, explique au micro d’Alexis Slama comment l’expert-comptable doit devenir l’architecte de cette digitalisation pour libérer la rentabilité des entreprises.
Décloisonner la finance : vers une vision diffuse
Le constat de départ est simple : la finance en entreprise est encore trop souvent traitée de manière isolée. Pourtant, elle concerne tous les pôles, du commercial à l’administratif. Pour Tony Louat, le problème majeur réside dans le « silotage » des informations, où chaque service travaille sur son propre outil sans communication avec les autres.
Sortir de la double saisie
De nombreux entrepreneurs et collaborateurs de cabinets perdent un temps précieux en doubles saisies. On entre des données dans un CRM, puis on les réintègre manuellement dans un outil de facturation, avant que le cabinet ne les traite à son tour. Tony Louat cite l’exemple de techniciens de maintenance qui, en 2019, remplissaient des rapports sur le terrain que des « facturiers » devaient ensuite transformer manuellement en factures. « C’est une tâche vraiment bête alors qu’en fait, la facture, le technicien l’a déjà faite sans le savoir ».
La finance de demain sera « diffuse »
La digitalisation permet de lever ces silos. Dans cette vision, la finance n’est plus rattachée à quelques personnes mais devient un flux continu. Peu importe l’outil utilisé (CRM, outil métier), la donnée doit circuler de manière agnostique vers la comptabilité. Cela permet aux commerciaux de piloter leur rentabilité directement depuis leur CRM, car ils voient l’état des encaissements sans changer d’interface.
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API et interopérabilité : les piliers de l’automatisation
L’automatisation à 90 % promise par Tony Louat repose sur une brique technologique : l’API (Application Programming Interface). C’est ce qui permet aux logiciels de « se parler » sans intervention humaine.
Choisir des outils « ouverts »
Pour automatiser efficacement, le choix des logiciels est crucial. Tony Louat distingue deux types de solutions :
- Le SAS ouvert : Il possède une API et permet de faire communiquer les données avec d’autres écosystèmes.
- Le SAS fermé : Il cherche à tout faire par lui-même mais reste isolé, imposant des imports-exports manuels.
Une véritable intégration doit être « Plug and Play » : on branche ses outils et la donnée circule comme s’il s’agissait d’un seul et même logiciel. C’est grâce à cette architecture que Billy parvient à gérer sa propre finance en seulement 3 heures par mois.
L’horizon 2029 : la comptabilité en temps réel
Si la facture électronique doit combler les 10 % d’automatisation manquants (le flux B2B), le véritable changement viendra de l’unification des données. Tony Louat prédit que d’ici 5 ans, soit en 2029, la comptabilité en temps réel automatisée sera accessible à toutes les entreprises. Cela permettra de passer d’une analyse du passé à du prédictif, à condition que la source d’information initiale soit fiable et captée dès le stade du « lead » dans le CRM.
L’expert-comptable : conseiller en architecture digitale
Face à une multitude d’outils (plusieurs milliers de CRM et des centaines d’outils de facturation), le client est souvent perdu. Le rôle de l’expert-comptable est de devenir un conseiller capable de segmenter son portefeuille pour proposer la meilleure « stack » technologique.
Le respect des besoins métiers
Un expert-comptable ne doit pas imposer un outil généraliste si son client a des besoins spécifiques. Tony Louat prend l’exemple d’outils métiers comme Wedding Plan pour les organisateurs de mariages ou des solutions dédiées au bâtiment. « L’entreprise doit pouvoir utiliser l’outil dont elle a besoin avant d’utiliser l’outil dont a besoin son comptable ». Le rôle du cabinet est de s’assurer que cet outil métier peut se connecter à l’outil de production comptable pour éviter les ruptures de flux.
Réaliser un audit digital
Pour commencer, Alexis Slama et Tony Louat suggèrent de réaliser un audit digital du portefeuille client. Il s’agit de cartographier ce qu’utilisent les clients (Excel, Word, outils spécifiques) pour identifier les gisements de productivité. Cet audit est le point de départ d’une mission de conseil à haute valeur ajoutée, permettant au cabinet de prouver sa valeur bien au-delà de la simple tenue.
Conclusion
La comptabilité automatisée n’est plus un projet lointain, c’est une réalité technique disponible dès maintenant. En misant sur l’interopérabilité et en abandonnant les tâches à faible valeur ajoutée comme l’OCRisation manuelle ou le traitement des mails de factures, le cabinet gagne en agilité. Comme le souligne Tony Louat, l’enjeu est de redevenir le partenaire de confiance qui aide l’entreprise à améliorer sa rentabilité grâce aux bons processus digitaux.
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